La plus belle et la plus envoûtante médina du Maroc est un labyrinthe de 9.500 rues et d’un millier d’impasses grouillantes de petits marchands guidant leur âne chargé de marchandises. Les souks de Fès y regorgent de victuailles en tout genre ou abritent divers corps de métiers, un ancien caravansérail magnifiquement restauré héberge un musée du Bois où cèdres et arganiers se muent en portes somptueuses, coffres et étagères sculptées. Le musée des Arts marocains est installé entre Fès el-Bali et Fès el-Jedid. On y trouve une remarquable collection de poteries en provenance de différentes villes et de différentes époques.
Fès el-Jedid fut fondée au 13e siècle à côté de Fès el-Bali. Elle est surtout remarquable par l’ancien quartier juif qui offre une architecture totalement différente. Une très belle synagogue, récemment restaurée et réouverte revit au rythme du culte judaïque.

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Fès : balak ! balak !, ou l'éternel cri de la vieille Médina

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Logiquement ou humainement, le passant est tenu de dégager le chemin pour laisser passer à l'aise l'âne ou l'homme chargé.

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Avec le temps, le cri a fini par entrer dans le registre de l'identification des ruelles de Fès et, aujourd'hui, il est pratiquement impossible d'imaginer la vieille ville sans ses multitudes de cris, dont "Balak ! balak !" Fès a d'ailleurs ses ânes bien à elle, qui savent cheminer, le pas pressé ou lent, à travers son dédale de ruelles, inextricable pour le visiteur venu d'autres cieux, car les Fassis les connaissent comme leurs poches.

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Sinueuses à merveille, elles s'entrecroisent et s'emmêlent pour qui n'est pas de la ville et finissent par le ramener à la case départ ou le fourvoyer dans une impasse.
Heureusement pour l'étranger que la cité est polyglotte et qu'on finit toujours par y rencontrer qui pourrait vous renseigner en français, en espagnol ou en anglais, voire en néerlandais et autres langues peu courantes.

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Dans les principales et étroites voies en pente tantôt raide, tantôt assez douce, mais jamais commode, les parois ne sont qu'une suite de boutiques, les unes assez vastes, les autres en niche, où s'affairent des marchands de toute la gamme de l'artisanat marocain, aimables et prêts à vous concéder, sans se fatiguer, une bonne séance de marchandage pour vous céder un ou plusieurs de ses objets, de la Jellaba au service de thé, en passant par de menues choses que le touriste ne peut s'en aller sans en emporter quelques spécimens pour le souvenir.

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Les venelles sont souvent si étroites que le transporteur est obligé d'y adapter le fardeau de ses petits ânes qui, curieusement, trottent allègrement malgré leurs charges qui ont l'air parfois trop lourdes pour leurs jambes frêles. Les fardeaux touchent les murs, y traçant des éraflures qui s'ajoutent à d'autres laissées par le passage d'autres ânes.

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Au"Balak, Balak !", les passants sont parfois obligés de se précipiter aux entrées des vieilles demeures pour éviter d'être bousculés par des équidés pressés, dont la vue est limitée par les illères.

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Dans ce désordre apparent, il y a quand même un certain ordre : les commerces sont souvent groupés par spécialités. Il y a la rue du tissu et vêtements, où toutes les niches miroitent de soies roses, bleues, oranges ou capucine, de broderie d'argent et d'or -et où stationnent les mannequins en dames blanches, voilées et drapées sous leurs djellabas blanches...

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Il y a la rue de la maroquinerie, où pendent des milliers de harnachement multicolores pour les chevaux, les mulets ou les ânes, toutes sortes d'objets de chasse et de guerre de formes anciennes et étranges, poires à poudre pailletées d'argent et de cuivre, bretelles brodées pour les fusils et les sabres, sacs de voyage Et partout où l'on va dans le dédale, on ne peut échapper au fameux "Balak ! " Balak ! " Balak ! ", aux petits ânes et mulets pressés de parvenir à destination. Têtu comme une mule n'est pas ici un adage creux car, lorsqu'une mule est prise de colère dans l'une de ces rues étroites, il faut que le monde des marchands s'y mette pour de bon pour l'obliger à reprendre le chemin.

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Le 20-ème siècle a tout chamboulé au Maroc, mais ses ambitions de tout changer dans les vieilles villes semblent s'être arrêtées à leurs vieilles portes. En témoigne le mode de construction dans les nouvelles villes, faites de bâtiments modernes, alors que, dans les médinas, les vieilles méthodes semblent avoir dit aux nouvelles : "Balak ! Balak ! Balak !".P1000991

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Prochain article les métiers de la médina